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PROLOGUE

Le banc dur et froid contraste avec les gouttes de sueur qui coulent sur le dos de l’accusé. Il ne fait pourtant pas chaud dans la grande salle d’audience du palais de justice. Mais la sensation d’injustice et la colère trahissent ses émotions. Les mains fermement attachées derrière le dos, le regard fixé sur les yeux du juge principal, l’accusé est déchaîné et réplique violemment.
- Votre système judiciaire rétrograde ne comprend rien au monde actuel ! - Il n’y a aucune bonne raison pour justifier ce que vous avez fait ! - Le monde est fou ! Vous vivez tous une illusion collective. Vous ne savez pas qui sont vos vrais dirigeants. Vous n’êtes qu’un pantin au service d’une société corrompue depuis des siècles, comme tous les autres ici… – La voix est rapide et agressive, chargée de mépris.
Le juge ne se laisse pas démonter. Il en a vu d’autres au cours sa carrière. Même les pires coupables, pris la main dans le sac, affirment fermement qu’ils sont innocents, qu’ils « n’ont rien à voir…
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Chapitre 6 - Mercredi 6 décembre 1989 - La maison du curé

Mercredi 6 décembre 1989, Sainte-Véronique
La maison du curé est petite. La porte d’entrée donne sur un couloir étroit avec trois portes. La porte de droite mène à la cave, là où sont rangés quelques outils, une dizaine de bouteilles d’alcool de framboise de Madame Natouche ensevelies sous des toiles d’araignées. La porte gauche conduit à une petite cuisine propre et bien rangée et la porte du fond donne sur la chambre du curé. Une pièce sombre, sobre et sans confort. La salle de séjour est elle aussi petite et sans prétention. Un téléviseur noir et blanc trône au milieu d’un mur, posé sur un meuble où sont rangés quelques livres religieux et une vieille radio. Au fond du salon, une porte est fermée à clé. – Vous avez la clé de cette porte ? – Non, Monsieur le policier. On ne peut pas entrer dans son bureau. Le curé m’a toujours interdit d’y aller. Personne n’y allait. Je ne sais pas ce qu’il y a, mais je peux vous assurer que ça sent mauvais ! – Ça sent mauvais ? Expliquez-moi. – Le…

Chapitre 5 - Mercredi 6 décembre 1989, Sainte-Véronique - Reynold et la bonne

Mercredi 6 décembre 1989, Sainte-Véronique
- Lieutenant, c’est bientôt le flash info. La voix de la journaliste fait vibrer la carrosserie en métal d’une vieille radio, posée au dernier étage d’une armoire usée, au fond du garage chez la bonne du curé. - Au sommaire du journal de 12 heures, un triple homicide à Sainte-Véronique. Deux corps ont disparu. Les victimes sont le curé du village, qui, selon nos sources, aurait été égorgé, et dont la police n’a pas encore retrouvé le corps. À quelques kilomètres de là, au café Le Goéland, le barman et un client ont été tués de plusieurs coups de révolver. Le corps du client n’a pas été retrouvé. Il n’a pas non plus été identifié. Le barman a été tué d’un coup de feu, qui l’a atteint au cou et tranché l’artère carotide. La victime se nomme David Simbala. Le tueur est très dangereux et est armé d’un révolver et d’un couteau. Il s’agit d’un tueur en série qui signe ses crimes en retirant un œil à ses victimes qu’il accroche ensuite comme un tro…

Chapitre 4 - Mercredi 6 décembre 1989, Église de Sainte-Véronique

Mercredi 6 décembre 1989, Église de Sainte-Véronique
Le lieutenant Reynold trouve une place sous le gros châtaignier à côté d’une petite voiture qu’il connaît trop bien.  - Fichus journalistes ! Ils sont toujours là où ne veut pas les voir !  À peine sorti de son véhicule, un homme chauve, la cinquantaine, s’avance vers lui le ventre en avant, en essayant d’éviter les branches. Il porte des bretelles rouges et un costume marron.  - Des bretelles rouges, quelle idée ! – il se dit arborant un petit sourire méprisant  Dans la fraction de seconde qui suit, l’homme s’adresse au lieutenant.  - Dites, vous auriez pu nous prévenir plus tôt pour le meurtre, on aurait pu en parler au journal de neuf heures. On va devoir attendre le journal de midi, à moins que vous ayez déjà des news pour nous. Dans ce cas, on fera un flash à dix heures.  - Vous n’êtes pas gonflé vous ! Laissez-moi au moins arriver et voir ce qui se passe ici – le lieutenant Reynold est furieux – et si vous êtes vraiment press…

Chapitre 3 - Mercredi 6 décembre 1989, au café Le Goéland

Mercredi 6 décembre 1989, Sainte-Véronique
- Police Secours ! – La voix est sèche et rapide dans le combiné téléphonique.  Patrick a les mains moites et le coeur battant la chamade, il tremble de tous ses membres.  - Il y a eu un meurtre au bar derrière le port. Il y a un homme à terre, du... du sang partout, venez vite !  Le policier note l’adresse et quatre agents arrivent sur les lieux en moins de dix minutes, rejoints un peu plus tard par une seconde voiture de police et un journaliste.  Le jeune patron pêcheur est un habitué du bar. Il y vient tous les matins prendre un café avec son collègue à son retour de la pêche. Le froid matinal, la brume et l’humidité ambiante ont refroidi les deux hommes, et un bon petit noir corsé aurait vraiment fait du bien. Pour le coup, c’est raté ! Le bar est fermé, le jeune barman git sur le sol allongé dans son sang et il y a plein de policiers. En plus, il a marché dans le sang.  - Je vous l’jure m’sieu le policier, j’ai rien a voir avec tout ce…

Chapitre 2 - Mardi 5 décembre 1989, Marie-Louise

Mardi 5 décembre 1989, Sainte-Véronique
- Dieu vous pardonne ma sœur.  Marie-Louise sort du confessionnal, émue et souriante. Elle a réussi à avouer son crime. Certes, le curé de la paroisse n’est pas un policier, mais tout de même, « il a un regard divin ». « Ses prières et sa foi expriment la volonté de Dieu ». C’est ainsi, il fallait qu’elle le dise à quelqu’un. Mais qui pouvait entendre cela ? Elle n’avait jamais fait de mal à quelqu'un avant. Mais cette fois, elle devait le faire. Marie-Louise a pris une décision qui allait changer sa vie. Mais que faire maintenant ? Comment vivre avec cela sur le coeur ? Sa confession était sa seule issue. Aller voir la police ? Non, cela n’était pas envisageable. Et puis, ce n’était pas si grave pour qu’elle dérange les policiers. Qui allait vraiment regretter sa disparition une fois qu’il ne serait plus là ? Il était mal en point. Son état de santé s’étant fortement dégradé ces dernières années, ce n’était plus digne de lui. Il éprouvait …

Chapitre 1 - Mardi 5 décembre 1989, après minuit au café du port

Mardi 5 décembre 1989, port de Sainte-Véronique
- La ferme ! Le vieil amiral laisse tomber son verre en grommelant. Il n’est pas du genre à se laisser embêter par un jeune freluquet. La vie, il la connaît ! À soixante-douze ans, il en a vu passer de jeunes moutards prêts à tout pour prendre la place du capitaine. Et ce n’est certainement pas ce gamin, épais comme un manche de pioche qui lui ferait oublier ses certitudes. Ici, c’est lui le capitaine du bar, et le jeune matelot, il n’a qu’à la fermer ! - Tu t’adresses à un vrai marin mon p’tit gars, et je n’ai pas de conseils à recevoir d’un mouflet comme toi ! Le jeune barman n’insiste pas. Son patron l'avait mis au parfum dès le premier jour. Il savait qu’il rencontrerait parfois des durs à cuir. - Laisse tomber si tu en vois un qui devient agressif. Le plus important est d’éviter de recevoir un coup. David est prévenu. Pas d’excès de zèle. Après tout, ils font ce qu’ils veulent de leur vie. Si l’un devient dangereux, il vaut mie…